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Vous n’êtes pas binaire – Iantaffi & Barker

Nous sommes riches en nuances et subtilités. C’est ce qui nous rend si uniques. Et si notre identité profonde et véritable fait notre force, pourquoi ne pas sortir d’une vision binaire du monde… et nous découvrir en chemin ? Vous n’êtes pas binaire s’appuie sur la diversité de genres (genderfluid, non binaire, agenre…) et de sexualités (bisexualité, pansexualité…) pour ensuite s’intéresser aux principaux problèmes que pose la pensée binaire au niveau de nos relations, de notre corps, de nos émotions, de notre bien-être et de notre sentiment identitaire. Il propose une série d’exercices qui aidera chacun à penser de façon plus inclusive, avec moins de certitudes. Un ouvrage original et pertinent qui permettra au lecteur de réfléchir à la façon dont il appréhende le monde dans lequel il vit, ainsi qu’à la manière dont il revisite, estompe ou casse tous les codes binaires de la société.

📣 Auteurices ownvoices


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Améthyste. Merci à Myriam pour sa confiance.

Cet ouvrage de la nouvelle collection Pluriel·les des éditions Améthyste est une vraie réussite. Nous manquions en France de ce type d’essai accessible sur des sujets de société qui évoluent rapidement et dont on parle très peu. De plus, il faut noter que tous les ouvrages y sont écrits par des auteurices ownvoices, c’est-à-dire concerné·es par ce dont iels parlent. Cet essai porte sur la non binarité, et la nécessité de voir le monde au-delà des normes, qu’il s’agisse de genre, de sexualités ou de relations. La non binarité, dans la communauté LGBTQIA+ est un terme qui concerne les personnes qui ne s’identifient pas au genre assigné à la naissance, homme ou femme, et qui ne se sentent aucun des deux ou les deux à la fois, en dehors de la norme occidentale.

On aurait pu s’attendre à un ouvrage uniquement sur la non binarité de genre et de sexualités, mais les auteurices poussent beaucoup plus loin en évoquant la binarité générale de la société et du système, qui doit toujours être une chose ou l’autre et jamais les deux, en dehors des cases. Noir et blanc, bien et mal, hétéro et gay, handicapé et valide, émotion et rationnel… La liste est longue et la remise en cause de ces principes de vie inculqués dès l’enfance est passionnante. C’est un essai psychologique vraiment inclusif en tous points, qui ne laisse personne sur le côté, car les auteurices font preuve d’ouverture d’esprit et de bienveillance.

Au final, il n’y a pas tant de théorie, c’est très accessible et coloré, bien découpé et intéressant. Cependant, comme tout ouvrage du type, cela reste une lecture très dense. Le découpage des chapitres en sous-chapitres permet ainsi de s’arrêter et de reprendre plus tard. Les auteurices ajoutent leur vécu sur chacun des sujets, ce qui humanise beaucoup l’ouvrage et permet de visualiser la théorie. On a le témoignage également de plusieurs personnes qui se situent à différents endroits de chaque spectre, dans toute la diversité de l’être.

Il y a six chapitres : la sexualité, le genre, les relations, le corps, les émotions et la pensée, dans lesquels chaque norme est déconstruite pour tenter de mieux comprendre son origine et pourquoi il peut être dangereux de penser de manière binaire, surtout lorsque l’on parle d’identités. En effet, les auteurices n’hésitent pas à mettre en avant l’intersectionnalité (la race, la classe sociale) et toutes les normes qui s’ajoutent en fonction de chaque personne et de son vécu. On comprend que l’on vit en fonction de la société alors que c’est elle qui devrait s’adapter à chaque individu. Notre identité nous définit tout comme notre culture et notre rapport avec les autres. Le dernier chapitre nous invite à essayer de sortir de cette pensée binaire en proposant des alternatives.

Surtout, on insiste sur la fluidité d’une identité et la capacité de l’être humain à changer de ressenti sur des morceaux de sa vie qu’il pensait immuable, comme le genre ou la sexualité. Beaucoup de gens pensent que les étiquettes sont nocives dans la société et que nous sommes tous égaux, qu’il ne sert à rien de se mettre dans des cases. Ce serait bien sûr l’idéal, mais aujourd’hui, c’est une utopie et nous ne sommes pas sur un pied d’égalité. De fait, avoir une étiquette devient pour nombre d’entre nous, notamment dans la communauté LGBT+, un moyen de se sentir représenté, d’appartenir à une communauté et de ne plus se sentir seul, au milieu de la norme dominante.

J’ai beaucoup apprécié cet essai complet et utile, qui nous force à observer la société d’un autre point de vue et nous fait réfléchir sur nous-même grâce à des pistes et des exercices de réflexion durant la lecture. De nombreux schémas nous permettent également de nous situer sur des spectres et de réaliser une introspection sur notre identité. Pour vous montrer la pluralité des sujets abordés, en voici quelques-uns en vrac : la bisexualité, la fluidité sexuelle, l’anormalité, la transidentité, l’intimité, les relations amicales, l’étranger, le handicap, le temps, les traumatismes, la santé mentale ou les conflits. J’ai hâte de lire le second ouvrage paru dans la collection sur l’asexualité et ses spectres, qui me concerne particulièrement.

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  • Fluidité
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4.2

Graziella

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