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Un fugitif à Walden – Norman Lock

Samuel Long réussit à s’enfuir de la plantation dans laquelle il est esclave en Virginie. Nous sommes en 1845. L’abolition de l’esclavage proclamée par Abraham Lincoln ne viendra qu’en 1863. L’homme part pour le Nord et se réfugie au bord du lac Walden dans le Massachsetts. Là-bas il se lie d’amitié avec les philosophes et écrivains Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson et Nathaniel Hawthorne. Au côté de ces trois penseurs, Long apprivoise sa liberté nouvelle, chèrement acquise.


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec Rue de l’échiquier. Merci à Léa pour sa confiance.

Un fugitif à Walden se compose de plusieurs livres en un seul. D’abord, le livre propose un éclairage historique sur ce que l’on appelle aux États-Unis “the Underground Railroad” (“le chemin de fer clandestin”). Ce réseau relativement méconnu consistait en un système d’entraide de personnes qui aidaient les esclaves en fuite depuis les États du Sud, vers les États du Nord et le Canada. En 2016, l’écrivain Corson Whitehead s’est inspiré de ce fait pour son roman The Underground Railroad, prix Pullitzer. Loin d’égaler le génie romanesque du roman de Whitehead, Un fugitif à Walden a pour lui le mérite d’aborder la question et de la mêler au cercle des transcendantalistes.

A la simple évocation du mot Walden, c’est une myriade d’images et de références qui sont charriées. C’est là le second pan de ce livre. Le lac Walden a en effet donné son nom à l’un des livres les plus importants de la littérature américaine: Walden ou la vie dans les bois (1854). Son auteur, Henry David Thoreau, souvent désigné comme l’un des pères de la pensée écologiste actuelle, rencontre le narrateur dans le roman de Lock. On comprend vite que cette rencontre, ainsi que celle d’Emerson, autre figure centrale du transcendantalisme, devient cruciale et ambiguë pour le narrateur. Ambiguë, parce que le contraste sera parfois violent pour Samuel Long : il vient de se libérer du joug de l’esclavage et côtoie des penseurs extrêmement libres. La fréquentation de ces deux hommes sera parfois trop imposante pour lui.

Le roman de Norman Lock est un récit très documenté. L’écrivain est allé chercher de nombreuses sources qu’il cite parfois dans son récit pour lui donner plus de réalisme et de relief historique. Par souci de réalisme également, on trouve l’utilisation aujourd’hui très controversée du N-word à de nombreuses reprises, ce qui peu surprendre certain·es lecteur·ices. L’auteur reconnait s’exprimer de son point de vue non directement concerné. Il dit dans ses remerciements « avoir écrit cette histoire du point de vue d’un homme noir qui fut aussi esclave » parce qu’il désirait « apprendre quelque chose sur [lui]-même et réfléchir aux épreuves endurées par Samuel Long en tant que membre de la race qui en fut responsable ». On peut s’interroger au départ sur la manière dont est décrit le personnage de Samuel Long. Le narrateur est en effet présenté de façon étrange dans les premières pages. Il est presque trop caricatural, parce que trop soumis, mais l’on comprend que c’est un moyen de montrer sa pleine libération à mesure que le récit progresse.

Un fugitif à Walden est un récit qui confronte de façon originale deux facettes peu souvent mêlées de la vie de Henry David Thoreau : sa conviction d’abolitionniste et sa vie à Walden. Le roman permet d’apprendre sur l’écrivain et cette époque de façon à la fois sérieuse et légère. Même si quelques longueurs et un style parfois plat sont à déplorer, il s’agit d’une belle première porte d’entrée vers des classiques de la littérature et l’histoire nord-américaine.

  • Thématique
  • Personnages
  • Intrigue
  • Plume
2.8

Anaïs

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