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The Black Kids – Christina Hammonds Reed

1992, Los Angeles s’embrase. Des policiers viennent d’être acquittés alors qu’ils ont passé à tabac Rodney King, un homme noir. Ashley, 17 ans, se pensait jusqu’ici hors d’atteinte. Fille d’une famille aisée, fréquentant un lycée huppé, elle ne s’est jamais sentie victime d’injustices ou de discriminations raciale… Ou peut-être que si ? Une histoire d’amour naissante, des secrets dévoilés et une atmosphère de fin du monde lui ouvrent les yeux : elle, qui a toujours oscillé entre communauté noire et blanche, réalise qu’elle peut trouver sa place, sans avoir à choisir un camp.

✊🏿 Personnages noirs afro-américains, métisse asiatique, nigérian

TW/CW : brutalité policière, tuerie de masse, discriminations, racisme, émeutes


Chronique réalisée en toute honnêteté suite à un partenariat avec les éditions Slalom. Merci à Alysson pour sa confiance.

Ashley est une adolescente noire privilégiée. Issue d’un milieu relativement aisé, elle est scolarisée dans une école privée où les personnes noires se comptent sur le bout des doigts. Toute sa vie, elle l’a faite entourée de ses copines blanches. À l’école, elle ne se mélange pas aux élèves noirs. Non pas parce qu’elle les snobe. C’est juste qu’elle n’en éprouve pas le besoin. Ils n’ont rien en commun, si ce n’est leur couleur de peau. Mais des événements vont amener Ashley à questionner sa place en tant que personne noire.   

L’intrigue se dévoile à travers le point de vue d’Ashley. Au début, on peut avoir l’impression qu’Ashley est un peu déconnectée de la réalité, concernant le racisme et la discrimination subie par les personnes noires. Mais ce n’est pas ce que j’ai ressenti. Au contraire, son regard sur la situation actuelle et les souvenirs évoqués ainsi que l’analyse qu’elle en fait montre bien qu’elle a toujours eu conscience de sa différence. C’est cet aspect qui m’a fait ressentir de la peine pour Ashley. C’est son envie d’appartenir à un groupe, de ne pas perdre ces ami.e.s d’enfance qui ont créé cette espèce de passivité qui m’a tant agacé. Par ailleurs, je n’ai pas été embarqué, ni convaincu par ses relations avec ses copines. De plus, de son entourage, c’est Kimberly et ses remarques racistes que j’ai le plus détesté. J’avais tellement mal de voir Ash ne rien faire et d’assister platement à toutes ces attitudes immondes. Parfois, pour se protéger, le déni ou le détachement paraissent être  les meilleurs alliés. 

L’évolution d’Ashley se fait progressivement (un peu lentement même). Un ensemble de situations vont l’amener (brutalement) à voir les choses en face. J’ai trouvé ses questionnements plutôt pertinents. J’ai été soulagé de la voir “grandir”. Néanmoins, j’aurai aimé la voir un peu plus dans l’action et moins comme une spectatrice. Aussi, il aurait été intéressant que ces relations avec le groupe de Lashaun soient plus approfondies. Et j’aurais trouvé également percutant d’avoir le point de vue de ce dernier. Il aurait été un personnage intéressant à suivre. 

Concernant les autres personnages, j’ai apprécié la sœur d’Ashley, nommée Jo. C’est une brave jeune femme qui a une grande soif de justice. À la différence de sa sœur, elle est active et consciente des problématiques sociales touchant la communauté afro-américaine. Jo m’a permis de me poser pas mal de questions sur la façon de s’impliquer dans un combat, d’être engagé. De l’être sans que cela ne prenne le dessus sur notre santé mentale. Notre bien-être. L’hypersensibilité de Jo l’a fragilisé un peu dans ces choix. Elle semble absorbée par le poids des luttes qu’elle mène. J’ai aimé ce personnage pour son dévouement. Sa présence dans cette intrigue permet de soulever des questions importantes sur notre façon de mener certains combats. La notion d’équilibre est importante, pour ne pas se laisser submerger. Si je le pouvais, je l’aurais pris dans mes bras et lui aurait chuchoté “ tu n’es pas seule Jo. Nous sommes nombreuses.eux, alors allège ton poids”

Toujours, pour les personnages, j’ai été ravie d’avoir pu me faire une idée du ressenti des parents des deux adolescentes. Leur envie de donner la meilleure éducation à leurs filles pour qu’elles aient plus de chances que les jeunes de leur âge est tout à fait légitime. C’est le souhait des bons parents (en général). Je trouve qu’ils ont peut-être un peu surprotégé leurs filles. Cela soulève également des questions de la transmission en tant que parents issus de minorités. C’était également très intéressant d’avoir une vue plus large sur les relations familiales au sein de la famille des adolescentes. C’était passionnant de découvrir l’histoire de la grand-mère Shirley et celle des relations difficiles entre leur père et l’oncle Ronnie. Ce pan de leur histoire familiale met assez bien en exergue des thèmes comme le syndrome post-traumatique, et les maladies mentales.

L’auteure a abordé plusieurs sujets comme l’inégalité sociale, les micro agressions, le racisme ordinaire, l’intersectionnalité et les brutalités policières. J’ai apprécié le fait qu’ils aient été traités avec justesse, en profondeur, étayé à travers une analyse claire et criante de vérité. De plus, ce livre va plus loin en nous livrant une belle mine d’informations à travers des faits historiques qui ont marqué l’histoire des afro-américains, et donc des Etats-Unis. 

Pour finir, j’ai trouvé cette lecture captivante. Contrairement aux autres livres young adult traitant du même sujet, la narration et la perspective selon lesquelles l’histoire est racontée est originale et bien menée.  Certains passages m’ont ému jusqu’aux larmes. Le meilleur demeure l’un des chapitres vers la fin, où Ashley parle de sa sœur, et fait un bilan de toutes les raisons qui justifient une révolte contre les inégalités et les injustices. Je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas spoiler. Mais c’est un passage formidable qui a résonné en moi. C’est un livre qui dépeint malheureusement, des réalités actuelles en brossant plusieurs sujets. Lisez-le, il est important. 

Dans ce roman, l’autrice nous ramène dans les années 90, quelques semaines après la mort de Rodney King. Si vous ne connaissez pas cette affaire, je vous encourage à lire la documentation que vous pouvez trouver très facilement sur internet. Il existe également un documentaire, “LA 92”.

Pour Ash, ce n’est presque qu’un fait divers. C’est une jeune fille noire, qui vit dans un quartier riche, principalement blanc, allant dans un lycée très onéreux, principalement blanc, et ses grandes préoccupations sont le bal du lycée, et avec qui y aller, et si Stanford l’acceptera l’année prochaine. Pour elle, Rodney King est un malheureux fait divers. Et puis le procès des policiers qui ont tué le jeune homme se termine par un acquittement. C’est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien trop rempli, et c’est toute la ville qui s’embrase. Ash voit ça de loin, mais surtout voit sa grande sœur, Jo, prendre activement part aux protestations. 

Je tiens à prévenir les personnes intéressées par ce livre qu’en tant que non concernée, je l’ai beaucoup aimé. Je sais que de nombreuses personnes concernées l’ont aussi apprécié, mais, et j’insiste sur ce mais, ce livre est extrêmement violent. Chaque page ou presque comporte une micro agression, une violence, ou encore un trigger pour les personnes noires. On y retrouve tout, du racisme ordinaire au collorisme, en passant par des violences policières. C’est un livre très dur, donc si vous êtes concerné, n’hésitez pas à faire des pauses, à en parler. 

Jo est la militante de la famille, au grand dam de sa famille qui lui rêve une petite vie tranquille loin des violences et de la pauvreté. Jo est celle qui permet de remettre certaines convictions de Ash en question, ou en tout cas lui permet de mettre certaines choses en perspectives. On sent qu’elle est habituée aux remarques racistes de ses amies, qui l’énervent mais qu’elle met de côté systématiquement, qu’elle a intégré une partie du racisme ordinaire qu’elle subit. Grâce à son point de vue, on peut également voir une certaine lutte des classes, qui était très intéressante, tant par la différence de traitement que reçoit Ash par rapport à ses cousines, mais également par sa vision des choses et la vision qu’elle a de sa famille. Encore une fois, c’est un roman très violent, mais qui je pense est nécessaire. 

  • Couverture
  • Intrigue
4.5

Awa

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