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Mémoires de la plantation – Grada Kilomba

« Je cherche à témoigner de la réalité psychologique du racisme ordinaire, tel qu’il est raconté par des femmes noires, sur la base de nos récits subjectifs, de nos propres perceptions et de nos biographies, sous forme d’épisodes ». L’essai Mémoires de la plantation, épisodes de racisme ordinaire propose une réflexion sur le racisme sous sa forme la plus banale et donc la plus pernicieuse. En s’appuyant sur son propre témoignage et celui de trois femmes noires, Grada Kilomba déconstruit les idées reçues. Un livre antiraciste qui mêle une étude de genre et critique postcoloniale.

📣 Autrice ownvoice


Chronique réalisée en toute honnêteté en partenariat avec les éditions Anacaona. Merci à Paula pour sa confiance. 

« Ce livre est très personnel, je l’ai écrit pour comprendre qui je suis ».

Mémoires de la plantation est la version modifiée de la thèse de doctorat de Grada Kilomba. Artiste, écrivaine, psychologue et professeure à l’Université Humbolt de Berlin, l’autrice met à profit toutes ses expériences pour nous livrer une œuvre très personnelle.

Une question de point de vue

Mémoires de la plantation est un livre divisé en deux parties. Dans la première partie, Grada Kilomba met en avant toutes les difficultés qu’elle a pu rencontrer au cours de son parcours universitaire. L’incompréhension ou le rejet de ses pair·es par exemple, qui présentaient son point de vue comme faux puisque subjectif.

« En tant que femme noire, j’écris avec des mots qui décrivent ma réalité, et non avec des mots qui décrivent la réalité d’un·e universitaire blanc·he, car nous écrivons à partir de places différentes. J’écris depuis la périphérie, et non depuis le centre. C’est aussi la place d’où je théorise, car je situe mon discours dans ma propre réalité ».

Pour se faire, Grada Kilomba s’entoure de deux figures majeures de la pensée anticolonialiste que sont Frantz Fanon et bell hooks. Grada Kilomba prend soin de replacer dans son contexte la pensée de Fanon qui passait sous silence la spécificité du vécu des femmes noires. Elle adopte une perspective contemporaine en abordant la question du racisme ordinaire par le prisme du genre.

Dans une deuxième partie, l’autrice analyse les témoignages de trois femmes noires sur le racisme ordinaire qu’elles ont vécu. Des témoignages édifiants qui montrent des constantes dans les expériences. Ces témoignages sont divisés en chapitres thématiques : politiques de l’espace, des cheveux, du sexe et de la peau notamment.

Créer une langue

Écrit entièrement en écriture inclusive, le livre de Grada Kilomba propose également une réflexion sur le langage. Née à Lisbonne, puis étudiante en Allemagne, l’autrice parle aussi anglais. Toutes ces langues lui permettent de réfléchir au pouvoir des mots et aux rapports de pouvoir que le langage créé lorsque l’on aborde des question de genre ou de racisme. Pour l’édition française de son livre, elle a également réfléchi aux particularités de la langue de Molière et la compare aux autres.

« Il n’y a rien de plus urgent que de commencer à créer une nouvelle langue, un nouveau vocabulaire dans lequel nous puissions toustes nous retrouver, dans toute notre humanité ».

Mémoires de la plantation est un livre très accessible et instructif qui déconstruit de nombreux préjugés et offre des points de vues neufs et bien situés. L’autrice prend soin de rendre sa thèse accessible à tous·tes.

  • Thématique
  • Réflexions sur le langage
  • Vulgarisation scientifique
5

Anaïs

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